Partager un local professionnel en 2026 : ce que dit la loi

19/02/2026

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Temps de lecture : 8 minutes

Julien Morel

La légalité du partage de locaux entre entreprises: ce qu’il faut savoir en 2026

Oui, il est tout à fait légal d’héberger deux entreprises ou plus dans un même local. Le Code de commerce ne l’interdit pas, à condition que chaque structure conserve son autonomie juridique, son numéro SIRET distinct et son identité comptable. Cette pratique, autrefois réservée aux pépinières d’entreprises, est devenue une solution courante pour les indépendants, les freelances et les jeunes sociétés cherchant à réduire leurs coûts fixes sans sacrifier leur crédibilité professionnelle.

Que vous soyez un auto-entrepreneur en design graphique, une SARL de conseil en ressources humaines ou une SAS de développement logiciel, le partage d’un espace n’est pas une exception, mais une stratégie réfléchie. Les administrations acceptent cette configuration, à condition que chaque entité puisse prouver son occupation effective et sa séparation juridique. Le risque principal ne vient pas de la loi, mais de l’absence de clarté dans les arrangements.

Les différentes formes de partage de locaux

Le partage d’un local ne se présente pas sous une seule forme. Trois modalités principales existent, chacune avec ses implications juridiques et fiscales.

La co-domiciliation est la plus simple: plusieurs entreprises utilisent la même adresse postale ou administrative, sans nécessairement occuper physiquement les mêmes espaces. Cela peut suffire pour une société qui n’a pas de clientèle sur place, mais ne permet pas de justifier une activité réelle dans les lieux. L’administration peut exiger des preuves d’occupation réelle en cas de contrôle.

La sous-location implique un contrat formel entre le locataire principal et le sous-locataire. Le locataire devient alors un bailleur. Cette formule nécessite l’autorisation écrite du propriétaire du local, surtout si le bail initial est un bail commercial.

Le sous-locataire paie un loyer et assume les charges mentionnées dans son propre contrat.

La mise à disposition partielle est plus souple. Ici, le propriétaire ou le locataire principal met à disposition une partie de son espace sans création de lien locatif. Cela se fait généralement via une convention écrite, souvent sans loyer, mais avec une répartition des frais.

Cette option est idéale pour des partenariats entre entreprises complémentaires.

Plan d’un local professionnel partagé entre deux entreprises, avec zones délimitées pour bureaux et espaces communs

Les démarches administratives pour un partage de local serein

Ne pas traiter les aspects administratifs avec sérieux peut transformer un avantage en risque majeur. Chaque entreprise doit déclarer l’adresse partagée comme son siège social ou son lieu d’activité principal. Cette étape est obligatoire, que vous créiez votre entreprise ou que vous modifiiez votre adresse existante.

Si vous êtes une société (SARL, SAS, SRL…), vous devez remplir le formulaire M2 auprès du greffe du tribunal de commerce. Pour les entreprises individuelles (auto-entrepreneur, micro-entrepreneur), c’est le formulaire P2 qui doit être déposé. Ces formulaires sont disponibles en ligne sur le site de l’INPI ou du greffe compétent.

Avant toute déclaration, vérifiez le type de bail. Un bail commercial interdit presque toujours la sous-location sans l’accord du propriétaire. Un bail professionnel, en revanche, est souvent plus flexible.

Lorsque l’accord est obtenu, un avenant au bail peut être signé pour intégrer les nouvelles conditions.

Calculateur: Est-ce que votre projet de partage est équilibré?

Calculateur de répartition équitable des coûts

Estimez la répartition équitable des charges entre deux entreprises partageant un même local. Ce calculateur vous aide à éviter les désaccords futurs.

Résultat:

Les bénéfices économiques et stratégiques du partage de local

Le principal atout du partage de local réside dans la réduction des coûts fixes. Pour une entreprise qui dépense 1 200 € par mois en loyer et 300 € en charges, le partage avec une autre structure peut diviser ces dépenses par deux. Cela représente une économie annuelle de plus de 9 000 €, une somme qui peut être réinvestie dans le développement commercial, la formation du personnel ou l’acquisition d’équipements.

En plus des coûts, la mutualisation des services permet de gagner en efficacité. Une réceptionniste partagée, un service de ménage commun, une imprimante ou une salle de réunion accessibles aux deux entreprises réduisent les besoins en infrastructure. Ce modèle est particulièrement bénéfique pour les freelances qui n’ont pas les moyens d’investir dans un bureau dédié.

Le partage crée aussi des opportunités de synergie. Un développeur web et un graphiste qui partagent un même espace peuvent facilement collaborer sur des projets, se recommander mutuellement, ou même créer une offre conjointe. Dans certains cas, des partenariats durables naissent de cette proximité, bien au-delà du simple partage de murs.

Les pièges à éviter pour un partage de local réussi

Le risque le plus courant n’est pas juridique, mais relationnel. Lorsque les attentes ne sont pas clairement établies, des tensions apparaissent rapidement: bruit, horaires d’ouverture, utilisation des espaces communs, répartition des dépenses. Une entreprise qui travaille jusqu’à 22h peut déranger une autre qui part à 18h.

Un accès non contrôlé aux sanitaires peut devenir une source de conflit.

Autre piège: la confusion administrative. Si les factures, les contrats ou les courriers ne portent pas clairement le nom de chaque entreprise, l’administration fiscale peut considérer les deux structures comme une seule entité. Cela ouvre la porte à un redressement fiscal, une requalification des revenus ou une perte de bénéfices fiscaux.

Il est aussi crucial de vérifier la conformité du local. Si une des deux entreprises exerce une activité accessible au public, le local doit répondre aux normes ERP (Établissements Recevant du Public). Cela inclut l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite, les sorties de secours, les équipements d’incendie.

Une non-conformité peut entraîner une fermeture administrative.

Extrait d’un contrat de partage de local professionnel avec clauses détaillées sur les espaces, les charges et les responsabilités

Le contrat de partage: votre meilleure protection juridique

Un simple échange de messages WhatsApp ou une discussion informelle ne suffit pas. Un contrat écrit est indispensable. Ce document, bien que non obligatoire par la loi, est la meilleure preuve en cas de litige.

Il doit être signé par les deux parties et daté.

Voici les éléments essentiels à inclure:

  • L’identification complète des entreprises: nom, SIRET, représentants légaux
  • La description précise des espaces attribués à chaque entité (bureaux, stockage, accueil, sanitaires)
  • Les zones communes et leurs règles d’utilisation (horaires, nettoyage, réservation)
  • La durée du contrat et les conditions de résiliation
  • La méthode de répartition des charges: prorata surface, part égale, ou autre
  • Le montant et la fréquence des paiements pour chaque partenaire
  • Les responsabilités en cas de dégâts, de vol ou d’incendie
  • Les modalités d’accès au local et les horaires de présence autorisés
  • Les clauses de confidentialité, surtout si l’une des entreprises traite des données sensibles

Un bon contrat ne crée pas de défiance — il instaure la confiance. Il permet à chacun de se projeter sereinement dans la durée.

Quiz: Quel type de partage de local convient le mieux à votre activité?

Quel type de partage de local convient le mieux à votre activité?

Vous êtes un auto-entrepreneur qui travaille à distance, sans clientèle sur place. Vous cherchez une adresse professionnelle pour vos factures et votre courrier, sans besoin d’un espace de travail dédié. Quelle solution est la plus adaptée?

Vous gérez une petite SARL de conseil et vous souhaitez partager votre local avec un photographe. Les deux activités sont complémentaires, mais vous avez besoin d’un espace sécurisé pour vos dossiers clients. Quelle formule privilégier?

Les normes de sécurité et d’accessibilité: des obligations que l’on oublie trop souvent

Un local partagé n’est pas seulement un espace de travail — il est soumis aux mêmes normes qu’un local occupé par une seule entreprise. Si l’une des deux entités reçoit du public, le local devient automatiquement un Établissement Recevant du Public (ERP). Cela implique de respecter des normes strictes en matière d’accessibilité, d’incendie et de sécurité.

Les points clés à vérifier:

  • Les portes d’accès doivent avoir une largeur minimale de 0,90 mètre
  • Les rampes d’accès doivent respecter une pente maximale de 5%
  • Les issues de secours doivent être clairement signalées et dégagées
  • Un dispositif d’alarme incendie doit être installé et entretenu
  • Les sanitaires doivent être accessibles aux personnes à mobilité réduite

Une audit de conformité peut être réalisé par un organisme agréé. Le non-respect de ces normes peut entraîner des sanctions administratives, voire une fermeture immédiate. Ce n’est pas une simple formalité — c’est une question de sécurité publique.

Schéma d’un local professionnel conforme aux normes ERP, avec flèches indiquant les issues de secours, les rampes d

Questions fréquentes

Peut-on partager un local avec une entreprise concurrente?

Oui, tant que les activités ne sont pas directement en concurrence sur le même marché ou ne partagent pas de données sensibles. La transparence et un contrat clair sont essentiels pour éviter tout conflit d’intérêts.

D’ailleurs, sachez que les cotisations sociales sont calculées sur vos revenus, pas sur votre lieu de travail. Le partage d’un local n’a aucun impact sur vos obligations sociales.

Quelle est la durée maximale d’un contrat de mise à disposition?

Aucune durée légale n’est fixée. Le contrat peut être à durée déterminée ou indéterminée. En pratique, les partenaires préfèrent des contrats d’un an renouvelables, avec une clause de résiliation à 3 mois.

Si mon bail est en mon nom, puis-je réclamer une partie du loyer à mon partenaire?

Oui, mais uniquement si cela est écrit dans un contrat de mise à disposition ou de sous-location. Sans contrat, la réclamation n’a pas de valeur juridique.

Un cabinet d’avocat peut-il partager un local avec un expert-comptable?

C’est possible, mais il faut garantir la confidentialité des dossiers. Des mesures doivent être prises pour isoler les espaces physiques et numériques (boîtes aux lettres séparées, accès restreints, systèmes informatiques distincts).

Pour info, l’administration ne demande pas de déclarer les partenaires de local. Elle vérifie uniquement que chaque entreprise est bien immatriculée et que son siège est justifié.

Une entreprise peut-elle être domiciliée à une adresse partagée sans y avoir de lieu d’activité?

Oui, mais l’administration peut exiger des preuves d’occupation réelle en cas de contrôle. Un simple courrier reçu ne suffit pas — un contrat de domiciliation, des factures ou un registre de présence sont des éléments probants.

Peut-on faire du télétravail dans un local partagé?

Oui, mais cela ne remplace pas la déclaration d’un siège social. Le télétravail est un mode d’organisation du travail, pas une adresse juridique. Le lieu d’activité principal doit toujours être déclaré.